22 Mai 2020

La télémédecine décolle !

Quel est le point commun entre un papi diabétique corrézien et un astronaute ? La télémédecine ! Cette discipline a émergé il y a une vingtaine d’années, portée par la communication par satellite. Elle se développe aujourd’hui grâce aux progrès technologiques notamment. Un développement marqué aussi par la crise sanitaire et l’épidémie de Coronavirus qui touchent la France et le monde depuis fin 2019.

Vers une généralisation de la télémédecine ?

La télémédecine, kezako ?

La télémédecine est le fait de pratiquer des actes médicaux, à distance. On est loin d’un simple coup de téléphone ! Ce peut être un patient en consultation avec son médecin ou un cardiologue qui demande à un confrère son avis sur un cas précis, par visioconférence. Ou encore un infirmier connecté via une tablette à un médecin qui l’assiste auprès de ses patients.
Soignants et patients doivent pouvoir se voir et s’entendre, voire partager des données et des documents, comme des ordonnances ou des résultats de prise de sang.
L’objectif premier de la télémédecine était de pouvoir soigner les personnes éloignées des centres de soin, comme certains habitants de la forêt guyanaise (voir partie II). Aujourd’hui, il s’agit aussi de lutter contre les déserts médicaux en métropole et l’engorgement des urgences, ou de suivre des patients qui ont du mal à se déplacer, certaines personnes âgées par exemple.

jeconsultstation-2.jpg
Cette cabine connectée permet au patient d’être ausculté, à distance, par un médecin en viosioconférence. Il réalise lui-même tous les examens (poids, taille, tension, examens ORL ou de la peau…) guidé par le soignant qui a les résultats en direct. Crédits : H4D


VOCABULAIRE

•    L’e-santé regroupe tous les moyens et services pour la santé qui utilisent les nouvelles technologies : sites Internet (Doctissimo, Médisite…), bracelets connectés pour mesurer sa fréquence cardiaque, applications de santé sur Smartphone, carnets de santé numériques… et télémédecine.
    •    La télémédecine recouvre différents actes médicaux comme la téléconsultation, la télé-expertise ou la télésurveillance.
    •    Téléconsultation : consultation médicale à distance.
    •    Télé-expertise : échange à distance entre des médecins, spécialisés ou non, sur un cas précis, un diagnostic, une analyse de prise de sang ou une radiographie par exemple.
    •    Télésurveillance : surveillance de patients d’après des données recueillies chez eux, à distance.

C'est l'heure !

La télémédecine va-t-elle exploser ? Ce qui est sûr, c’est que les technologies de communication (4G voire 5G, fibre, réseaux satellitaires…) sont aujourd’hui très performantes. Et depuis 2018, la téléconsultation est remboursée par l’Assurance-maladie. Il existe ainsi aujourd’hui une multitude de projets divers et variés. Dans le Rhône par exemple, un hôpital propose aux patients sous dialyse d’être suivis grâce à un boîtier connecté : les malades mesurent eux-mêmes, chez eux, leur tension, leur poids… Ces données sont envoyées en temps réel aux médecins qui les suivent, et s’assurent que tout va bien !

Télémédecine et Coronavirus

Plus de 1 million de téléconsultations ont eu lieu entre le 6 et le 12 avril 2020 (en plein confinement), selon l’Assurance-maladie. C’est presque 30 % de l’ensemble des consultations, contre moins de 1 % avant l’arrivée du Coronavirus. La raison est simple : le confinement ! En restant chez eux, les patients risquaient moins d’attraper le COVID-19 ou de le transmettre. Des kinés pratiquaient même des séances via caméras interposées.
« Aujourd’hui, explique Lucie Campagnolo, Responsable des applications Santé au Cnes, nous étudions les conséquences de ce développement sur le long terme. Est-ce que cela va changer nos pratiques ? » La télémédecine va-t-elle continuer à se généraliser, même en-dehors des crises sanitaires ?

Au commencement....

L’objectif initial de la télémédecine était de soigner les populations des zones isolées. Eloignées des structures de santé, mais aussi souvent privées des moyens de communication classiques. Les satellites de communication, qui peuvent pallier ces absences, ont donc été essentiels au développement de la télémédecine. Le CNES est ainsi à l’origine de plusieurs projets emblématiques.

La télémédecine en Guyane, outil de soin indispensable

Temps de trajet entre le village d’Antecum-Pata, à l’ouest de la Guyane, et l’hôpital le plus proche : 2 heures et demi de pirogue ! De quoi hésiter à se faire soigner... 10 % des Guyanais habitent loin des villes du littoral, dans des villages accessibles uniquement via les fleuves. Pour eux, la télémédecine est devenue presque indispensable.
L’expérience a commencé il y a 20 ans avec le CNES, Medes (institut de Médecine et de Physiologie Spatiale) et le Centre Hospitalier de Cayenne. 4 centres de soin de la forêt amazonienne ont été équipés d'une valise, contenant du matériel médical pour traiter les problèmes dermatologiques, cardiaques ou de parasites, d'une antenne satellite et d'un petit ordinateur. "A l'époque, explique Olivier Tournebize, en charge de ce projet, il n'y avait ni Internet, ni ordinateur dans ces postes de soin. Grâce à ces valises, la personne sur place (infirmier, auxiliaire de santé) pouvait obtenir l’assistance d’un médecin à Cayenne. » En envoyant une photo de lésion de peau à un dermatologue par exemple.
Aujourd'hui, les 19 centres de santé de Guyane sont ainsi équipés. Les téléconsultations se sont étendues à l’ophtalmologie, la gynécologie ou la pédiatrie. La transmission des diagnostics, après une prise de sang ou une analyse d’urine, est aussi plus rapide. Plus besoin d’attendre plusieurs jours, avec le risque que le patient soit déjà reparti !

je_valiseguyane.jpg
Cette valise de télémédecine équipe aujourd’hui tous les centres et postes de santé en Guyane. Elles sont reliées au Samu par téléphone ou par satellite. Un dispositif rassurant pour les soignants isolés. Crédits : CNES/CERCUEIL Antoine, 2007

Suivre des patiens mobiles

« L’un des bienfaits de la télémédecine, c’est aussi la création du « dossier patient », explique Olivier Tournebize. Rien de spectaculaire, mais cela a changé la vie de nombreux Guyanais. C’est une sorte de carnet de santé numérisé, et donc disponible dans tous les centres de santé et hôpitaux de Guyane. Avec l’historique des maladies, des traitements, des vaccins… pour chaque patient. « Beaucoup de Guyanais ne sont pas sédentaires, ils se déplacent le long des fleuves. Et rarement avec leur dossier médical sous le bras ! » Désormais, le suivi médical de ces populations est beaucoup plus efficace.

Si tu ne viens pas au soignant, le soignant viendra à toi !

Imaginez des camions de soin équipés de matériel médical et connectés !
Le premier du genre s’appelle DIABSAT. Il a été mis en circulation il y a plus de 10 ans par le CHU de Toulouse, le CNES et Medes. Il est conduit par un(e) infirmier(ère) qui va de village en village à la rencontre des personnes diabétiques. Celles-ci peuvent en effet développer des complications du fait de leur maladie. Les examens se font à bord : examen de l’œil, du pied et des reins, et les résultats sont directement envoyés à des spécialistes grâce à la parabole installée sur le toit. Depuis le début du projet, près de 4000 patients ont bénéficié de DIABSAT.
DIABSAT a fait des petits. Comme SERPENTAIRE (non, rien à voir avec Harry Potter !). Ce véhicule a été créé pour le SAMU de Haute-Garonne par la société ALRT. Il est équipé d’une liaison satellite indeispensable pour coordonner les soins au plus vite, en cas de catastrophe ou d’accident.

je_telemedecine_diabsat.jpg
DIABSAT permet de suivre les patients diabétiques au plus près de leur domicile, dans leur ville ou village. Crédits : CNES/ J. Chetrit

Santé et spatial, c'est donnant-donnant !

Qui dit télémédecine, dit télécommunication

La télémédecine s’appuie principalement sur les technologies de communication : 4G, fibres optiques… et satellites. Il existe encore aujourd’hui en France des zones dites blanches, sans fibre souterraine, sans antenne-relais, et où le seul moyen de communiquer, ce sont les satellites.
Le CNES participe à la conception de ces satellites de communication, de plus en plus performants, et des équipements au sol nécessaires à leur fonctionnement.


pour des Connexions satellite toujours plus performantes

Quand tu appuies sur la touche entrée de ton clavier, la réponse à ta requête apparaît, au bout de quelques millisecondes via la fibre ou la 4G ou après ½ seconde par satellite. C’est le temps de latence, dans le jargon. Dans la majorité des cas, cette latence est bien-sûr imperceptible. Mais le CNES et les industriels travaillent aujourd’hui à réduire ce laps de temps pour les communications satellitaires, pour optimiser encore les actes de téléchirurgie ou  de télé-échographie par exemple.

Spatial et médecine, des problématiques communes

La médecine bénéficie depuis toujours des technologies développées pour l’espace : caméra dentaire, IRM, échographeLa recherche médicale également profite du secteur spatial. Quand on sait que passer 6 mois dans l’espace, c’est vieillir de 3 à 6 ans sur Terre, on comprend que les recherches menées sur les astronautes servent aussi aux « terriens ». Elles aident à mieux comprendre les mécanismes de vieillissement pour les prévenir et les guérir.
« Et aujourd’hui, poursuit Lucie Campagnolo, nous co-innovons. Le spatial bénéficie des avancées d’autres secteurs, médical, mobilité, agriculture… Nous avons des problématiques communes et en travaillant ensemble, nous serons plus performants. »
Un exemple ? Un astronaute en route vers Mars et un petit papi vivant dans un désert médical se trouvent tous les deux isolés. Ils devront, chacun à leur niveau, être le plus autonome possible pour gérer leur santé et se soigner.

je_echo.jpg
ECHO est un échographe pilotable à distance, expérimenté à bord de l’ISS. Il permet à un médecin, sur Terre, de diriger la sonde tenue par l’astronaute pour réaliser des échographies précises. Cette technologie sert aujourd’hui la médecine terrestre. Crédits : CNES/Grimault, 2016

Soutenir les inventeurs, pousser l’innovation

La télémédecine est poussée par les personnes qui imaginent de nouveaux usages et applications, à partir des technologies existantes. C’est dans ce cadre que le CNES accompagne ceux qui utilisent les technologies spatiales. A l’image du centre d’expertise et de support CESARS, spécialisé dans les télécommunications. « En pratique, détaille Denis Baron, son responsable technique, on mène des tests pour vérifier que les dispositifs inventés fonctionnent bien via le réseau satellite. La télémédecine concerne 30 % des projets que nous suivons. » CESARS accompagne par exemple la société ALRENA technologies, qui a conçu une valise médicale pour les pompiers, ambulanciers ou infirmiers. Ils sont ainsi virtuellement assistés par un médecin urgentiste ou un spécialiste, avec qui ils peuvent communiquer et échanger des images, des données…

je_telemedecine_cesars.jpg
Un ingénieur du CNES vérifie que l’équipement développé par l’entreprise Tikaway supporte la connexion par satellite. Crédits : CNES