1 Mars 2019

MASCOT - Premier bilan

3 octobre 2018, 4h34 (heure française) : Mascot s’immobilise sur l’astéroïde Ryugu, à quelques 325 millions de kilomètres de la Terre. L’atterrisseur franco-allemand de la mission japonaise Hayabusa 2 peut désormais débuter ses expériences scientifiques. En voici un premier bilan.
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2 types de rochers ont été découverts sur Ryugu : certains sont plutôt clairs et lisses, les autres plus sombres et accidentés. Cette photo a été prise par la caméra de Hayabusa 2 à 6 km du sol de Ryugu. Crédits : © JAXA/ 2018

Cela fait 5 mois que l’atterrisseur Mascot, développé par les agences spatiales allemande et française, s’est posé sur l’astéroïde Ryugu, après avoir été largué par la sonde japonaise Hayabusa 2. Et les premiers résultats des expériences montrent déjà un astéroïde bien différent de ce qu’on pensait.

 Un sol sombre et accidenté, pas génial pour les pique-niques !

Pour commencer, Ryugu est noir. Très noir ! On se doutait que son sol serait foncé puisqu’il est assez riche en matière organique. Mais les expériences ont montré que seuls 4,5 % de la lumière s’y réfléchit, contre 5 % par exemple pour la comète Tchoury étudiée par la mission Rosetta/Philae. Ryugu est l’un des corps célestes les plus sombres du Système solaire ! Le sol, également, a surpris les scientifiques qui ne s’attendaient pas à un relief aussi accidenté, avec autant de roches et de cailloux. Et sans régolite. Le régolite, c’est une sorte de poussière qui recouvre le sol de certains astres, due à l’érosion de la roche en dessous. Les autres astéroïdes déjà étudiés en étaient recouverts. Pas Ryugu. Du coup, les ingénieurs japonais qui pilotent la sonde Hayabusa 2 ont dû différer de plusieurs semaines la collecte d’échantillons, pour pouvoir améliorer la précision de localisation du site d’atterrissage et éviter les rochers. Ils se sont appuyés sur les données de Mascot, qui a servi d’éclaireur. Et en février 2019, Hayabusa 2 a pu toucher le sol, en toute sécurité, avant de repartir avec des échantillons du petit corps spatial.

un travail d’équipe

Mascot est aujourd’hui éteint. Il a fini sa mission le 3 octobre 2018 à 21h11, après avoir mené des expériences pendant 17 heures. Un succès puisque la batterie n’avait en théorie que 15 heures d’autonomie.
Et le petit atterrisseur n’était pas le seul à étudier l’astéroïde. Mascot a en fait réalisé les mêmes analyses que celles menées, à distance, par Hayabusa 2, mais à une échelle différente, microscopique. Ce qui permet de comparer et de consolider les résultats. Comme le fait que Ryugu se serait formé à partir de débris d’un ou plusieurs autres astéroïdes beaucoup plus gros. Cette hypothèse, toutefois, doit encore être confirmée. Les données accumulées par la mission Hayabusa 2/Mascot vont encore être étudiées pendant des années. Avec peut-être à la clé de nouvelles découvertes sur l’astéroïde et la formation de notre Système solaire en général.

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3 octobre 2018. L’horloge au centre de contrôle du CNES, à Toulouse, donne le temps depuis lequel la batterie est allumée. 16 heures, et Mascot est toujours vaillant !

4 instruments dans une boîte à chaussures   

Pour mener toutes ses expériences sur l’astéroïde, Mascot avait embarqué 4 instruments : MicrOmega, un super microscope à infrarouge pour voir de quoi se composent les roches. Il était couplé avec une caméra (MASCAM) qui a pris des images de l’environnement géologique des roches étudiées. Le magnétomètre MASMAG a quant à lui étudié les propriétés magnétiques de Ryugu. Enfin l’instrument MARA a permis de mesurer la température à sa surface, et d’analyser la capacité de l’astéroïde à stocker la chaleur (inertie thermique).

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l’aventure se poursuit pour le CNES

Les échantillons prélevés par Hayabusa 2 doivent revenir sur Terre en 2020. Là, ils seront étudiés, d’abord dans une chambre hermétique pour éviter toute contamination (voir notre dossier sur le retour d'échantillons extraterrestres). Nouveauté, un microscope, version améliorée de MicrOmega, sera installé à l’extérieur de cette chambre. Il analysera à distance, à travers le hublot, la composition des échantillons. Sans les détruire ni les abîmer. Ces expériences seront suivies par une vingtaine de chercheurs du monde entier. L’instrument est développé par l’Institut d'Astrophysique Spatiale (Université Paris-Sud) et financé par le CNES.