31 Juillet 2012

Curiosity : atterrissage imminent sur Mars

  01/08/2012 Dans cinq jours exactement, le rover de la NASA devra atterrir sur la planète rouge, après un voyage de plus de 8 mois (départ : 26 novembre 2011 - Arrivée : 6 août 2012). La tension monte ! Pourquoi, dans le cadre de la mission Mars Science Laboratory (MSL), envoie-t-on le rover Curiosity sur Mars ? Questions à quatre spécialistes de la planète rouge.

Alain Gaboriaud, chef de projet des contributions françaises à la mission MSL au CNES.
À quoi va servir la mission MSL ?

Cette ambitieuse mission va consister à utiliser un rover pour analyser le sol et les roches d’un cratère dans lequel on sait que de l’eau a coulé il y a très longtemps.

Notre but est de déterminer si de la vie aurait un jour existé sur Mars, ou au moins d’apprendre si, à un certain moment de son histoire, cette planète a connu des conditions qui auraient pu permettre l’émergence de la vie.

 

Le rover qui fera ce travail durant deux ans est un engin de 900 kg emportant 85 kg d’instruments scientifiques, dont deux ont été conçus en collaboration avec la France.

L’arrivée sera spectaculaire !

En raison de la masse de l’engin, la NASA ne pouvait pas avoir recours aux techniques d’atterrissage habituelles avec des airbags.

Le système imaginé, un étage de descente avec des rétrofusées, sera testé pour la première fois, le 6 août.

En vidéo, l'animation présentant l'atterrissage et la mission du rover Curiosity, notamment le fonctionnement de SAM-GC :


Curiosity's journey to Mars (animation) par AllThingsScience

Sylvestre Maurice, co-responsable de l’instrument CHEMCAM
Qu'attendez-vous de cette expédition ?

Une réponse à une question : qu’est-ce qui rend une planète habitable ?

Pour le déterminer, il faut comprendre ce qui crée les conditions physiques et chimiques propices à l’émergence de la vie.

Et le mieux pour cela est de remonter dans le passé d’une planète.

La Terre a perdu la mémoire du moment où la vie y est apparue.

Mais Mars, où celle-ci a peut-être existé il y a trois milliards d’années, en a sans doute conservé les traces.

Les dix instruments de Curiosity vont ainsi tenter de déterminer quelle était à l’époque la nature de l’atmosphère de la planète, de l’eau qui y coulait et des sols où nous espérons retrouver des molécules qui auraient pu servir d’ingrédients à la vie.

Sylvestre Maurice travaille à l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP), à Toulouse

Pour ma part, je travaille sur l’instrument CHEMCAM.

Une sorte de sabre-laser capable d’analyser les roches de deux à sept mètres de distance, afin de découvrir les éléments chimiques qui les composent.

Je ne suis pas tout seul : nous sommes 350 chercheurs impliqués dans la mission MSL.

 

 

Michel Cabane, co-responsable de l’instrument SAM-GC
À quoi sert votre instrument ?

Principalement à analyser les molécules organiques de Mars.

Ces molécules, faites de carbone et d’hydrogène, sont indispensables au développement de la vie. Mais attention, ce n’est pas toujours le cas !

Certaines d’entre elles sont produites par des phénomènes géologiques. D’autres devront être rassemblées pour obtenir des briques du vivant.

Et au bout du compte, seules quelques-unes sont dites "biologiques" et jouent un rôle dans les organismes vivants.

On sait peu de choses concernant ces molécules sur Mars.

La seule expérience les concernant remonte à 1976 et à la mission Viking !

SAM-GC va nous permettre d’en apprendre un peu plus. Cette machine de 40 kg, de la taille d’un four à micro-ondes, sera utilisée pour analyser ces molécules, non seulement dans l’atmosphère martienne mais aussi dans le sol et dans les roches.

Michel Cabane, est chercheur au LATMOS (Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales), unité mixte de recherche (UMR 8190) relevant du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) et des universités de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) et de Pierre et Marie Curie (UPMC).

Françis Albarede, professeur de géochimie à l’ENS de Lyon. Pourquoi aller sur Mars ?

Nous avons déjà des échantillons de Mars : les météorites martiennes.

Celles-ci sont, en fait, des roches qui ont été éjectées de la planète après la chute d’un gros astéroïde.

Elles ont voyagé durant plusieurs millions d’années avant de retomber sur Terre.

Ces pierres peuvent tout à fait être analysées pour enrichir nos connaissances sur les roches de Mars.

Malheureusement, elles proviennent toutes d’une certaine profondeur à l’intérieur de la planète.

Ce qui fait que nous manquons d’informations sur ce qui se passe à la surface.

C’est la raison pour laquelle MSL nous motive tant.

Les données qu’elle va recueillir vont être comparées avec celles dont nous disposons déjà sur Mars.

Ce qui va nous permettre d’en déduire la dynamique de la croûte martienne dont dépend le cycle de l’eau, notamment.

 

 

En savoir plus :